7 décembre 1900Parent consolide la majorité libérale
La question de la succession de Marchand, qui occupait également le poste de trésorier provincial depuis février 1900, se pose rapidement. Parmi les candidats considérés au sein du Parti libéral émerge le nom de Simon-Napoléon Parent. En plus d'avoir été commissaire des Terres, Forêts et Pêcheries dans le cabinet Marchand, celui-ci est maire de Québec depuis 1894. Il devient premier ministre le 3 octobre et forme un nouveau cabinet, composé de 8 membres. On y retrouve, entre autres, un nouveau venu : le futur premier ministre Lomer Gouin qui aura la responsabilité des Travaux publics. Peu de changements sont prévus à court terme. À l'image de son prédécesseur, Parent est perçu comme un gestionnaire prudent. De plus, il reste encore deux ans au mandat du gouvernement. Un journaliste de La Presse envisage d'ailleurs la tenue d'élections partielles afin de combler les sept sièges de l'Assemblée législative qui sont vacants, puisqu'il est persuadé que « Parent n'a nullement l'intention de faire des élections générales. » (14 novembre, p. 4) Dans le sillage de Laurier Lors de cet automne mouvementé, l'attention des observateurs politiques est plutôt tournée vers Ottawa. Les élections fédérales du 7 novembre 1900 suscitent les passions des Canadiens qui assistent à une lutte à deux entre les libéraux de Wilfrid Laurier et l'opposition conservatrice dirigée par Robert Borden. Premier Canadien français à occuper le poste de premier ministre du Canada, Laurier profite d'une énorme popularité au Québec où la campagne est centrée sur lui. Les Québécois lui accordent un appui massif : 56,3% des voix et 57 sièges sur 65. Ce soutien joue un rôle de premier plan dans la victoire des libéraux qui forment à nouveau un gouvernement majoritaire. Ce succès semble influencer Parent qui a évidemment appuyé Laurier. À la mi-novembre, il annonce la tenue d'élections générales qui auront lieu le 7 décembre. Pour justifier sa décision, le chef libéral évoque l'importance d'apporter une légitimité à son nouveau gouvernement, reprochant aux conservateurs de ne pas avoir fait de même dans le passé lorsque des premiers ministres de leur formation ont accédé au pouvoir en cours de mandat. Cette justification ne convainc pas l'historien Robert Rumilly qui, quelques années plus tard, écrira dans son Histoire de la province de Québec : « Parent voulait surtout profiter de l'élan libéral et de la démoralisation conservatrice. » (tome IX, page 278) Dans une lettre parue le 20 novembre, le chef conservateur Edmund James Flynn va plus loin. Selon lui : « Peu soucieux de faire une lutte purement sur le mérite des questions provinciales, il (Parent) cherche à tirer profit, pour son compte personnel de la vague populaire qui vient de porter au pouvoir Sir Wilfrid Laurier. » (La Presse, 20 novembre, p. 1) Flynn, qui a lui-même été premier ministre de 1896 à 1897, dénonce le manque de transparence du gouvernement qui n'a pas attendu le dévoilement des comptes publics pour faire campagne. Il s'inquiète aussi de l'influence des libéraux fédéraux sur les provinciaux, soulignant l'appui que Laurier a apporté à Parent avant son arrivée au pouvoir, ce qu'il perçoit comme une menace pour l'autonomie du Québec. Enfin, il déplore les coûts de ces élections précipitées et fustige ses adversaires qu'il accuse de vouloir détruire l'opposition. Une stratégie gagnante Le délai inhabituellement court entre l'annonce et la tenue des élections - trois semaines - indispose particulièrement les conservateurs qui ne sont manifestement pas prêts. En tout, ils ne présentent que 33 candidats alors que 74 sièges sont en jeu, une situation sans précédent pour cette formation lors des élections provinciales. La victoire de Laurier a, de toute évidence, un effet tonique sur les libéraux. L'absence de scandales et de thèmes mobilisateurs joue contre des tories sans âme, confrontés à un Parent dont le programme se limite à peu près à garantir la continuité. Un de ceux qui sonnent la charge, le conservateur indépendant Guillaume-Alphonse Nantel, accuse le gouvernement de brader les richesses naturelles de la province et d'avoir une politique de colonisation trop timide. Mais les coups ne portent pas auprès d'un électorat qui, selon Flynn, éprouverait peut-être une certaine lassitude à la suite de ces deux campagnes successives. (La Presse, 16 novembre, p. 1) Même le conflit dans l'industrie de la chaussure à Québec, un des rares événements susceptibles de brouiller les cartes, se règle peu avant le scrutin avec la médiation de l'archevêque de Québec, Louis-Nazaire Bégin. La table est mise pour le vote du 7 décembre qui couronne un succès libéral sans équivoque. En faisant élire 67 députés, dont 35 par acclamation, Parent remporte le succès escompté. Un de ceux-là est un jeune homme de Québec, élu dans Montmorency, dont on entendra parler encore longtemps : Louis-Alexandre Taschereau. Pour sa part, Flynn est victorieux dans Nicolet. L'opposition conservatrice chute néanmoins à 7 députés, un recul majeur par rapport à 1897 alors que le parti avait fait élire 23 de ses candidats. Il s'agit de la plus faible représentation de l'histoire du Parti conservateur à l'Assemblée législative, une situation inconfortable pour cette formation habituée par le passé à exercer le pouvoir, tant à Québec qu'à Ottawa. Les réactions des médias Sources: La bibliographie suivante a servi à la rédaction des résumés des campagnes électorales. La presse québécoise a également été mise à contribution. Elle nous a permis de suivre sur une base quotidienne le fil des différentes campagnes et d'identifier les citations qui ont été intégrées aux textes. Sauf indication contraire, celles-ci proviennent du quotidien Le Devoir. André Bernard, La législation électorale au Québec, 1790-1967, Coll. « Cahiers de Sainte-Marie », Montréal, Éditions Sainte-Marie, 1969, 197 pages. André Bernard, La politique au Canada et au Québec, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université du Québec, 1996, 616 pages. André Bernard, Les institutions politiques au Québec et au Canada, Montréal, Boréal, 1995, 122 pages. Pierre Drouilly, Statistiques électorales du Québec, 1867-1981, Québec, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, 1982, 687 pages. René Durocher, Paul-André Linteau, Jean-Claude Robert, Histoire du Québec contemporain : De la Confédération à la crise (1867-1929), Montréal, Boréal Express, 1979, 658 pages. Jean Hamelin, Marcel Hamelin, Les moeurs électorales dans le Québec de 1791 à nos jours, Montréal, Édition du Jour, 1962, 124 pages. Jean Hamelin, Jean Letarte et Marcel Hamelin, « Les élections provinciales dans le Québec 1867-1956 », Numéro spécial des Cahiers de géographie de Québec, 4, 7 (octobre 1959 - mars 1960). Vincent Lemieux, Le quotient politique vrai. Le vote provincial et fédéral au Québec, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973, 274 pages. Vincent Lemieux, dir., Personnel et partis politiques au Québec, Montréal, Boréal Express, 1982, 347 pages. Vincent Lemieux, Le Parti libéral du Québec : alliances, rivalités et neutralités, Québec, Presses de l'Université Laval, 2008, 214 pages. Jean-Louis Roy, Les programmes électoraux du Québec : un siècle de programmes politiques québécois, tome I, Coll. « Québécana », Ottawa, Leméac, 1970, 236 pages. |
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||

